On est passé hier soir d’un bivouac sauvage à un camping européen ce soir, accueillant des Bulgares, des Roumains, des Allemands, des Autrichiens, des Slovènes, quelques rares Français et Italiens, et marginalement quelques Turcs, au bord de l’eau à Sykia, sur la péninsule centrale de Sithonia.
Celle de Cassandra, la plus proche de Thessalonique (la plus à l’ouest) est désservie par une autoroute, elle n’est plus vraiment sauvage et s’est bétonnée pour accueillir un tourisme de masse.
Celle de Sithonia où nous sommes est encore préservée, accessible par une petite route, dans la baie on y trouve des campings très calmes et quelques maisons locales. Le maquis environnant sent bon et on entends les cigales jusque dans la nuit.

Dans la baie de Sykia se trouve une anse, la plus petite, la plus au nord, c’est là où on est. Tout au fond on voit le Mont Athos, sur la péninsule voisine de Athos. Une dent de 2000 mètres émergée de la mer sur une petite péninsule. Eros à Athos, ça ne laisse pas indifférent.

Une petite chapelle comme on en croise beaucoup au bord des routes Grecques.

Icônes et objets de culte dans la mini chapelle.
La péninsule d’Athos est un cas particulier, mesdames ne comptez pas y aller, ce territoire pourtant Européen vous restera interdit. L’église Orthodoxe la maintien comme en l’an 1000 sous une règle pour le moins archaïque, et ils en sont très fiers.
La communauté religieuse qui vit ici est juridiquement autonome, elle compte vingt monastères et les différents villages et maisons qui en dépendent. Ils abritent environ 2 000 moines orthodoxes grecs, bulgares, roumains, russes, serbes et autres, qui mènent une vie de réclusion, d’introspection et de prière. Sur le plan politique et administratif, le ministère des Affaires étrangères grec traite directement les questions relatives à la presqu’île, territoire grec, mais où s’appliquent des lois différentes, compatibles avec l’abaton : cette différence est constitutionnellement garantie (!).
Selon la légende, nous rapporte la wikipédia, « la règle de l’abaton (en grec : άβατον / ábaton signifiant « lieu pur » ou « inaccessible ») aurait été rédigée vers 1045 par l’empereur byzantin Constantin IX Monomaque. Cette disposition trouverait son origine dans un récit apocryphe selon lequel la Vierge Marie et Jean l’évangéliste, en route pour rendre visite à Lazare à Chypre, furent forcés par une mer houleuse de chercher refuge dans le port qui est aujourd’hui au pied du monastère d’Iveron. La Vierge, admirant la beauté sauvage du lieu, demanda à Dieu de lui donner la montagne en présent. Alors la voix de l’Éternel se fit entendre : « que cet endroit soit ton jardin et ton paradis, ainsi qu’un havre de salut pour ceux qui cherchent à être sauvés ». Depuis lors, le mont Athos est considéré comme le « jardin de la Vierge Marie », interdisant ainsi à toutes autres femmes d’y entrer : l’accès de « toute créature femelle » est strictement interdit, afin de ne pas tenter les moines (loi identique sur l’île japonaise d’Okino-shima) ; toutefois, il est sous-entendu que cet édit ne concerne que les créatures vertébrées domestiques, sauf les poules (pour les œufs, utilisés en cuisine et en peinture sacrée) et les chattes (pour chasser les rongeurs). La violation de l’abaton est passible, selon les lois grecques applicables dans le périmètre de la communauté monastique, d’une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement.
Cependant, dans son histoire, l’application de cette règle fut suspendue. En 1924, l’higoumène du Pantocrator accepta de recevoir à la bibliothèque du monastère les navigatrices et historiennes Marthe Oulié et Hermine de Saussure qui s’étaient abritées du meltem au petit débarcadère en contrebas avec leur petit caïque à voile et à rames, la Perlette, à bord duquel elles parcouraient l’Égée depuis le Pirée.
Par ailleurs, on a supposé que des femmes déguisées en hommes ont parfois aussi pu contourner l’abaton, sans que cela puisse être confirmé : Maryse Choisy, auteure du roman Un mois chez les hommes dans les années 1920 et Aliki Diplarakou dans les années 1930.
Enfin, le , environ 500 manifestants dont de nombreuses femmes ont pénétré sur le territoire de la communauté, afin de protester contre l’empiètement des monastères sur des terrains publics hors de la communauté monastique.
D’autres dispositions de l’abaton sont moins connues : l’accès du territoire athonite est également interdit aux enfants mineurs, aux eunuques et aux hommes au visage glabre, mais en raison de l’évolution des mœurs, ce dernier point n’est plus appliqué, de même que celui concernant les eunuques, toute vérification étant décemment impossible. »
Heu, désolé la wikipédia, mais je sais faire la différence au premier coup d’oeil entre un visage glabre et une barbe de trois jours, alors au toucher, c’est encore plus net, tout en restant décent, j’insiste. C’est assez dingue et inédit cette histoire de péninsule masculiniste non ?
Alors voilà, après deux mois de voyage sans un jour de pause, ça y est, on est officiellement en vacances ! On en avait besoin, et encore on est cool : on compte pas le bonus du travail en week-end, ni les heures sup, sinon, c’est dix jours qu’on prendrait…
Ouf ! Quel bonheur de se poser en touristes au camping tranquille pour 3 jours ! On était devenu de vrais stakhanovistes de la route, des forçats du bitume, des brutes d’Anatolie comparée, des caisseux encrassés qui remuglent des dessous de bras à faire tomber les mouches. Heureusement qu’on a pas été arrêté ! Bon, maintenant on est propres et on sent bon, et j’ai (enfin) gagné ce soir au Yam’s, et pas qu’un peu… 100 points d’avance dans un score à 300 contre Nathalie. Je suis en veine ! Je crois que je vais aller la cramer au Casino, à moins que je ne paye à l’ordre monastique d’Athos une dizaine de messes pour l’Union Européenne, qu’elle travaille en profondeur sur l’accueil ?
Si je t’ai bien lu, pas sûr que l’ordre monastique d’Athos soit le pieux (ahahah) placé pour faire des prières concernant l’accueil…
Et pourtant ! Ce serait la moindre des choses !