Alors hier tout se passait très tranquillement, jusqu’au moment où, pendant le repas, une sono à décorner les buffles s’est mise à propulser à 360 mètres seconde, une musique que nous n’aurions pas choisie d’écouter.
On est vendredi et juste en face de nous de l’autre côté de la rivière : une salle de danse en plein air. ( Ah, c’était donc ça…) Que faire ? Décamper en catastrophe et partir chercher un parking en bord de route ? Mais il est tard et hors de question de rouler ici la nuit ! Le jour suffit amplement à se faire peur. Se terrer dans la voiture toutes écoutilles fermées avec nos boules quies ? C’est l’option que nous avons prise.
Laisser glisser ce bruit hors de soi, ne pas le laisser entrer, c’est possible et on va le faire. Car même boules quies en silicone bien enfoncées, le son cherche à entrer par la peau, par les os : rester concentré… En l’occurrence sur l’écriture du post d’hier.
On était vendredi, ça veut dire que ce soir samedi, ça recommencera. Il est 17h46 et on en a pour jusqu’à minuit au moins. Ici vous vous demandez peut-être : c’est quel genre de musique ? On trouve de tout, ça commence avec de la variété industrielle sucrée en duo homme femme, quelques chansons tendres du répertoire national je suppose, des tubes de crooners Géorgiens, des reprises internationales pour cinq et soixantenaires et quelques tubes contemporains, mais vraiment en toute fin de soirée.
Ce matin, après la petite pluie, on est parti découvrir deux monastères tout proches. D’abord celui de Metsameta, dans la montagne à une dizaine de kilomètres d’ici.

Sur le chemin piétonnier du monastère, on domine la vallée de la rivière Tsalkitela, celle-là même qui passe devant notre campement. Son nom veut dire « eau rouge »…

Ici la porte et tour d’entrée dans l’enceinte du monastère, que l’on découvre aussitôt…

On sent ici une paix et une force, c’est peu de le dire. Le bel accord d’un bâtiment, c’est celui qu’il trouve avec son environnement.

Le monastère a été fondé, au moins symboliquement en 735 par David et Konstantin, deux frères qui ont défendu vaillamment la place lors d’une rébellion contre l’envahisseur arabe. Arrêtés, torturés parce qu’ils ont refusé de se convertir à l’islam, ils sont morts aux mains de leurs agresseurs. Leurs pierres tombales se trouvent aux abords de l’église du monastère. Ils ont été proclamés saints par l’église orthodoxe pour le don de leur vie à leur frères Géorgiens. L’eau de la rivière était rouge lorsque leurs corps suppliciés y ont été jetés.


Les visiteurs étaient nombreux en ce samedi, beaucoup de jeunes, des adolescents avec quelques adultes, leurs enseignants ? Voyages ou sorties de fin d’année sans doute ? Nous avions déjà assisté il y a quelques jours à Batoumi, à une fête scolaire en pleine rue devant une école, pour un parterre de familles au complet, avec cris et ballons. Un groupe d’adolescent.e.s endiablés, basse batterie, guitare électrique, claviers, et une chanteuse ont même fait danser la rue avec des reprises de chansons internationales !
Nous nous remettons en route vers le monastère de Ghelati, à une quinzaine de kilomètres dans l’autre sens.
L’ambiance y est très différente. Le site, également situé à flanc de montagne, est simplement un peu au dessus du village, posé sur une vaste plateforme où de très vieux tilleuls créent des îlots d’ombre bienvenue. Ici pas d’à pic, de vertige, de profondeurs offertes aux vents mais un espace temps clôt sur lui-même.

C’est par cette porte que l’on pénètre dans l’enceinte du monastère. Voyez l’entrée réduite à une seule personne insérée dans le battant droit de la grande porte.

Comme celui de Motsameta, le monastère de Ghélati se trouve près de Koutaïssi dans la région d’Iméréthie dans l’ouest de la Géorgie.
Il a été fondé en 1106 par le roi David IV de Géorgie qui y est enterré. Le monastère, qui a été bâti par les moines, fut longtemps l’un des grands centres culturels et intellectuels de la Géorgie. Il était le siège d’une académie des plus éminents scientifiques, théologiens et philosophes du pays.
La grande église ci-dessus porte les traces d’un ratage fâcheux pour ce bâtiment comme pour la sauvegarde de la culture Géorgienne :
En 1994, l’UNESCO l’ajoute à la liste du patrimoine mondial, conjointement avec la proche cathédrale de Bagrati. Le site est placé en 2010 sur la liste du patrimoine mondial en péril mais il en est retiré en 2017, en même temps qu’il est disjoint par l’UNESCO de la cathédrale de Bagrati, exclue elle, définitivement de la liste du patrimoine mondial car dénaturée par un programme de restauration qui ne respecte pas le cahier des charges.
Les échafaudages rouillés sont vraisemblablement ceux du chantier interrompu en 2017 (?), laissant les travaux au point mort sur tout le site. Quel dommage et quelle perte pour la culture Géorgienne et mondiale… Espérons qu’existerons de nouvelles opportunités de reprise des chantiers de restauration.


Le centre du monastère sous un autre angle.

Les panneaux UNESCO, rédigés en Géorgien, Russe et Anglais sont illisibles aujourd’hui. Difficile de savoir qu’elle était la fonction de ce bâtiment, vraisemblablement le réfectoire du monastère (?).

Les charpentes sont magnifiques de simplicité et d’efficace.

Cette « petite église » qui semble être la copie (ou l’origine de « la grande ») semble avoir la meilleure conservation des peintures intérieures sur ce site.

Ici également, c’est un public local, ou plutôt Géorgien, qui visite les lieux. A nouveau beaucoup de jeunes et adolescents, des familles aussi. Les lieux, ici comme à Motsameta, sont restés consacrés au culte. Des offices y ont lieu régulièrement, ce qui change la nature des fréquentations.
Nous rejoignons notre campement. Dans l’après midi, nous avons de nouveaux voisins, un couple de voyageurs allemands en camion avec moto.

Ce soir on est allé voir l’endroit d’où vient la musique. La programmation si elle reprend quelques titres de celle d’hier soir, ajoute de beaux moments. Celui de chants polyphoniques Géorgiens, vibrants et puissants, un autre étonnant où intervient une cornemuse, et un autre enfin, au milieu des interventions de karaoké, un grand père (je suppose car nous ne voyons pas la scène) interprétant une chanson Géorgienne : très émouvant.
C’est un drôle de château, bardé de LEDs verts sur le vert de la végétation soignée, c’est un restaurant qui reçoit des noces. La fête bat son plein. Nous nous glissons dans les jardins, à l’écart de la noce.


Nous n’avons pas vu, en quittant les lieux que les feux d’artifices étaient lancés, et nous voilà à deux mètres de la boîte d’artifices lorsqu’elle lance la salve ! Sursaut garanti !

La journée était belle, on aura ces jours-ci et en un temps restreint, découvert bien des aspects de la culture Géorgienne. La rudesse que nous avons perçue jusque-là dans nos contacts avec les Géorgiens, était celle des premiers échanges. Il faut un peu de temps pour la dépasser. Si on manque de ce temps, on manque tout. On est toujours surpris de constater combien nos clichés sont les premiers écueils qui nous empêchent de voir et de comprendre.
Vous voyez, ils sont cool avec les touristes : de la musique pour soixantenaires. C’est une attention délicate, spécialement pour vous, certainement.
Hello Catherine ! Oui, tu as raison ! Je me suis rendu compte en te lisant que tu as lu l’article en cours d’écriture car par erreur, je l’ai publié beaucoup trop tôt ! Bises
D’après mes souvenirs, il s’agit de charpentes à contrefiches qui étaient déjà utilisées par les romains pour leurs basiliques. Leur intérêt principal est qu’elles permettent de dégager un large espace dessous. Ce qui est moins banal, c’est le renfort du poinçon par des pièces métalliques en forme de croix. C’est du solide !
Oui ! Le volume intérieur du bâtiment est très important, et sans un seul pilier.