Nous avons quitté le village de Bogazkale ce matin sans nous presser. Luxe : j’ai fait deux thés ! Nous étions seuls encore dans un petit verger aux pommes vertes minuscules, quelques poules, un coq, un chien très discret dans ce petit camping attenant à un hôtel restaurant tenu par une famille. Au moment de faire affaire, le patron nous fait savoir que l’adolescent blond qui joue avec son fils est un cousin Russe de passage ici. Bref malaise furtif, puis ils partent dehors en riant.
Nous pensions hier soir qu’à part Raphaël et Marie-Christine, nous n’avions croisé ou rencontré aucun voyageur d’Europe depuis bien quinze jours, ni en vélo, van, camping-car ou moto.
Ah, vu l’école primaire de Bogazkale et pas résisté à faire une photo. Je n’ai pas réussi à en faire partout où nous sommes passés.

Le sport, l’école, la mosquée, tout un programme.
Le nôtre aujourd’hui est de rejoindre le lac de barrage de Sariyar au niveau de Çayirhan. La route est belle, c’est devenu une banalité de le dire.
Parfois on traverse des villes peu amènes, avec des zones industrielles sur dimensionnées, parfois ce sont des entailles géantes dans le paysage : des mines à ciel ouvert comme à Erzurum, mais la plupart du temps on reste coi devant le paysage.
Petite série de photos prises « à la portière » aujourd’hui :





Et puis c’est le lac. Nous y accostons par le site funéraire de Juliopolis. Cette nécropole abrite des tombes Perses, Grecques et Romaines. Elle est la partie émergée du site éponyme, noyé sous les eaux de ce lac de barrage. Il ne reste que quelques dizaines de tombes, ouvertes à tous vents. Des panneaux indiquent le contenu des sépultures avec un inventaire des bijoux et autres objets. Le site est désert et ne doit guère recevoir de visites.





Ce n’est pas de la neige au loin sur cette montagne mais une roche très blanche, tout comme sur le site de Pamukale.


Ici une tombe, dans laquelle un rai de lumière entre comme chez lui, à moins que ce ne soit le contraire.
C’est à quelques kilomètres de là, plus loin sur la rive du même lac, que nous trouvons refuge pour la nuit, en camping, après avoir cherché en vain un coin de bivouac possible : beaucoup de trop de découverts et très peu d’arbres où se cacher dans les environs.

La vue depuis notre emplacement. Elle est pas belle la vie de voyageur ?


On a pris des douches chaudes ce soir, et mangé du poisson du lac, je pense que c’était du brochet, chair délicate et beaucoup d’arrêtes pointues. On a tout englouti sauf les piments retors, légers à un bout, piquants à l’autre… Une chatte bien élevée nous a aidé à nettoyer les arrêtes dorsales.
Puis on est descendus se balader au bord du lac.



Le lac attire les moustiques, sur ses bords se forme une couche de mousses végétales, difficile de savoir si c’est naturel ou si c’est le résultat d’une pollution. L’eau est stagnante et sent mauvais comme celle qui croupit.

Les roches grises vertes des montagnes alentours nous paraissent pouvoir être de l’amiante… Des mines en fin de cycle d’extraction ? Inondées pour les besoins de la production électrique du barrage ?
Comment la relecture d’un paysage idyllique transforme tout à coup le conte de fées en scénario écocide. Ces images de paysages magnifiques deviennent bifaces et on ne sait quelle histoire est la bonne.
On remonte jusqu’à notre campement lorsqu’on reconnait le bruit d’une pulvérisation de DTT par un camion 4×4 de la ville, le véhicule rentre dans le camping et pulvérise consciencieusement partout, pratique courante ici pour éradiquer les moustiques. On a laissé les provisions dehors, mais heureusement protégées… Et, moindre mal, la voiture est fermée.
On ne restera qu’une nuit ici, trop de toxicité dans l’air, réelle ou supposée.


A l’heure du coucher, la lune a rendez vous avec Vénus pour quelques jours encore.