Dilidjan

Quitté ce matin notre camping perché sur la corniche de Haghpat, et pris la route pour Dilidjan, en passant par Vanadzor. On est ce soir dans une chambre chez l’habitant, c’est assez rustaud, douche à la bougie pour Nathalie pendant la coupure d’électricité. Deux faits majeurs aujourd’hui : on a roulé à la hauteur d’un aigle qui volait en bordure de canyon : magique !  Et puis j’ai appris des choses étonnantes sur moi, un don peut-être ?

Le réseau routier en Arménie alterne entre le très bon, le passable, et le briseur de véhicules. On a en général l’expérience de ces 3 catégories dans une journée, mais on ne sait jamais quand ni en quelles proportions. La conduite des Arméniens est le plus souvent apaisée et courtoise : si on vous double n’importe comment et n’importe où, c’est certainement un Géorgien 🤭

On est donc aujourd’hui descendu de notre corniche, pour remonter la vallée d’Alaverdi, et grimper la corniche sur l’autre côté du canyon. Une fois en haut, très belle route, paisible, verte et bordée de platanes et d’érables majestueux, sillonnant entre des pâturages aux fleurs qu’on ne voit plus beaucoup en France, comme les centaurées ou bluets des champs me dit Nathalie.

Nous laissons Alaverdi en contrebas. Cette ville m’a plu, elle suinte de partout sa plaie industrielle, mais des gens très chaleureux vivent ici et la font vivre.

Un bâtiment, une des innombrables ruines de l’ère soviétique, au milieu de ce champ sur le plateau. Qu’est-ce que cela pouvait être, dans un endroit pareil ? J’imagine quelque chose comme la ferme soviétique modèle, en version industrielle.

Sur ce plateau, alors que la route passait en ligne droite en bordure du canyon, on a tout à coup vu un aigle en plein surf, bougeant à peine ses ailes, il était juste à notre niveau, un peu à l’avant gauche de la voiture, de sorte qu’on le voyait très bien sans lever la tête. On a eu la sensation que son vol glissé durait longtemps, ou qu’on le voyait au ralenti, puis il a plongé et nous avons poursuivi notre route. Son envergure nous a impressionnés, mais aussi sa tranquillité, son assurance, sa maîtrise des courants, le tout dans une si brève capsule de temps.

En haut d’un col, cette croix chrétienne, de très grande taille, impressionne le voyageur. Mais curieusement, une telle croix ici, à l’image de celles qu’on trouve au sommet des montagnes, en dit plus long sur la présence des hommes et leur solidarité possible que sur le symbole d’un Dieu.

Un peu plus tard nous arrivons au monastère d’Haghartsin, après un petit détour pour le rejoindre. « Fondé au xe – xie siècle maïs saccagé lors des invasions seldjoukides, il est refondé à la fin du xiie siècle par le poète, musicien et musicologue Khatchatour Taronetsi, qui y créé une école de musique. Haghartsine se développe ensuite pendant le xiiie siècle, malgré une interruption pendant les invasions mongoles, et reste occupé jusqu’à la soviétisation du pays en 1920. Il est restitué à l’Église apostolique arménienne après l’indépendance et fait depuis 2008 l’objet d’une restauration en profondeur ». Ce que ne dit pas la wikipédia, c’est que la dite restauration n’est malheureusement pas terrible. C’est le plus souvent une tentative de reconstitution, avec du béton moulé, des pierres re-sculptées, un fer à béton pour l’aiguille du cadran solaire…

Les principaux bâtiments du monastère sont Sourp Grigor (« Saint-Grégoire », xe siècle) et son gavit (1213), Sourp Stepannos (« Saint-Étienne », 1244), Sourp Astvatsatsine (« Sainte-Mère-de-Dieu », 1281) et le réfectoire (1248).

Et toujours cet art de la lumière…

Le monastère est connu pour ces deux Khatchkars sculptés et miraculeusement conservés dans un très bel état.

Sur le parvis cette signalisation curieuse, est-il écrit « Interdit aux ânes » ou « Interdit aux chevaux » ? ou « Interdit aux chiens » ? Il y a débat…

Pour nous aider à résoudre cette question existentielle sans réponse, on décide de faire la petite ballade d’une heure quarante appelée : « Little waterfall » dans la magnifique forêt qui entoure le monastère.

A coté de notre voiture stationnée, une Toyota beige conduite par un chauffeur transportant ses deux clientes, refuse de démarrer. J’hésite à m’en mêler car il y a déjà cinq ou six personnes autour du capot soulevé.

Nous partons faire notre ballade, d’où l’on reviendra les pieds couverts de boue, une heure trente plus tard.

A notre retour, la Toyota beige est toujours là, capot ouvert, le chauffeur est au téléphone. Je m’approche et lui demande si la voiture est au gazoil ou à l’essence. Benzine me dit-il. Il m’explique en Arménien (mais ce sont ses gestes que je comprends) que ce n’est pas l’essence, qu’il y en a dans le réservoir. Je lui demande de voir, nous entrons dans la voiture, il met le contact, je vois la jauge se stabiliser à la moitié. En effet il y a de l’essence. Essayez de démarrer lui dis-je. Et la Toyota démarre, du premier coup, en tenant parfaitement son ralenti.

Le gars n’en revient pas, ses 2 clientes non plus, et moi non plus ! 🤣

Ils rigolent, me congratulent, je ne dis rien, je souris mais je me demande si je ne viens pas de me découvrir un don : celui de réparer un véhicule en le touchant ? Voire en y pensant ? Ils me serrent la main. Je souris bêtement. Mais je relativise car je sais que si don il y a, il ne fonctionne que sur les véhicules des autres, pas sur le mien. C’est déjà pas mal bien sûr, mais c’est ballot 🤔

On repart un peu guillerets, et allons chercher notre chambre chez l’habitant. On trouve et nous faisons connaissance avec deux jeunes femmes et une petite fille. Il est tôt, aussi nous prenons nos clés et ressortons en direction du lac Parz à une quinzaine de kilomètres.

C’est un petit lac entouré d’une belle forêt très dense, aux abords équipés pour l’acrobranche. Une tyrolienne le traverse de part en part. C’est un endroit très touristique, essentiellement fréquenté par des Arméniens mais en ce début de saison pluvieux, ce n’est pas encore la cohue de l’été. On découvre en faisant le tour du lac qu’un petit village de tiny houses s’est  construit ici, un bar restaurant est même ouvert et reçoit vraisemblablement ses premiers clients de la saison.

Ce soir on achètera de la pastèque et du fromage frais, histoire de contrer la charcuterie et les fromages salés du pique nique de ce midi. On rejoindra demain Erevan en passant par le lac Sevan.

6 commentaires

  1. Si jamais….tu peux penser à ma Yaris 200 000km qui est en rade ou en fin de vie😂
    Un aigle! Quelle chance ! Pas mal comme animal totem😉 belle journée vous deux! Des bises

  2. Attention Luc, après l’annonce de ton petit ‘miracle’, tu risques d’avoir beaucoup de travail voire être sanctifié de ton vivant. Des bises !

  3. Un petit test : pourrais-tu essayer de marcher sur l’eau, pour voir ?
    Heueueu moi le Khatchkar j’adore, surtout s’il est breton 🤣

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