On a quitté ce matin notre hôtel à Kars, ville attachante et dynamique dans laquelle on a marché un peu hier soir. Destination du jour Erzurum !
Après la Géorgie, mais plus encore après l’Arménie, ce retour en Turquie nous semble très facile, on y connaît les codes, on sait se débrouiller soit en Turc avec l’aide du traducteur, soit sans avec les mains, soit quelqu’un dans les parages parle anglais.
Pas de photos du voyage de deux heures trente seulement, entre les deux villes. On roulait Ouest-Sud-Ouest, des paysages de montagnes au Nord comme au Sud. On a glissé en fond de plaine pendant bien la moitié du voyage, puis on est monté, assez longtemps, sur un plateau à 2.000 mètres, avec un changement de végétation : les plaines de pâturages ont cédé la place aux pentes herbeuses des montagnes parsemées de pins, parfois en zones plus denses jusqu’à faire forêt.
Les couleurs de ces ciels changeants d’Anatolie sont de toute beauté, l’ombre des nuages blancs flottant dans le ciel bleu, créent au sol des aplats d’ombres sur l’herbe verte, avec d’infinies nuances selon la transparence des nuages, leur déplacement, leur vitesse.
Ah… Revenir avec un appareil photo panoramique pour capturer ces ciels, ces montagnes et ces plaines, ces gens au marché, ces bergers et leurs troupeaux dans les prairies, ces cohortes de camions à l’arrêt où chaque conducteur descend, sort sa table, fait un café, bricole, discuté, où une vie sociale hachée se restaure. Un monde en 16 neuvième ou plus, en photographies avec du temps dedans.
Une pause dans une petite ville traversée. On s’arrête boire un thé dans une échoppe où une table de vieux, chapelet dans la main, devise ensemble. Ils nous scrutent, nous sourient, nous font une place, nous posent des questions. D’où on vient, où on va. Qu’est-ce qu’on a aimé en Turquie. Et comme la traduction Google est trop lente, l’un appelle un plus jeune qui parle anglais et fait l’interface. Le père de l’un d’eux a travaillé en France quelques d’années, ne se souvient plus des villes, dans le bâtiment. Veulent savoir nos prochaines étapes, nous demandent si on ira à Ankara, oui on ira, ils acquiescent gravement. Nous demandent si on aime Istanbul, oui bien sûr la très belle Istanbul, mais où il y a beaucoup trop de monde. Ils acquiescent encore mais en riant. Ils nous laissent boire notre thé. Au moment de payer. On apprend que l’un d’eux l’a déjà payé. C’est comme ça la Turquie.
On achète nos cerises de 11h30 et quelques abricots. Oui, on en a pris l’habitude en Géorgie et on a continué chaque jour. Des fruits non calibrés ce matin, mais d’un goût parfait, qu’on grignote en roulant fenêtres ouvertes. On remercie la tablée et reprend la route.
Après un arrêt pique-nique à l’emplacement d’un ancien Alani, sorte de terrain aménagé pour les familles avec des tables de pique-nique couvertes avec un toit, quelques points d’eau et des barbecues… Mais tout est laissé à l’abandon alors que l’endroit devait être bien tenu et agréable. Une faillite ? Le COVID ? Le feu ? Les trois ? Nous ne le saurons pas.
Puis nous arrivons dans Erzerum, la ville la plus haute de Turquie, avec ses 1945 mètres. Elle abritait 545.000 habitants en 2008, mais on en pas du tout l’impression. Nathalie lui trouve des airs de Chamonix, et moi de Grenoble, dans les deux cas, d’une ville au coeur des montagnes.
Ses tremplins de Kiremitliktepe constituent l’unique site de Turquie consacré au saut à ski, qui a été construit pour l’Universiade d’hiver de 2011. Depuis, au moins deux grandes compétitions internationales de saut à ski y ont été organisées en 2017.
On voit également d’ici au centre ville, les pistes de ski et les chalets (en fait des immeubles à la forme de chalets) de la station.
On dépose nos affaires à notre petit hôtel, et s’en va découvrir les environs.

On commence par la Double Minaret Madrassa, je ne lui ai pas trouvé d’autre nom. Cette ancienne Madrassa ou École Coranique est belle mais austère. Sans doute la teinte sombre de ses pierres compte pour beaucoup, mais aussi les dimensions relativement contenues : on est dans une cité où l’hiver il fait -30 et l’été +35, où la neige est une invitée permanente, même en été pour quelques heures dit-on ici, et il ne faut pas que la chaleur se disperse…

Les arches latérales abritent les chambres des étudiants, transformées aujourd’hui en musée.

Tout au fond de l’enceinte intérieure, on descend quelques marches et trouve cet exemplaire manuscrit d’un coran du 16e siècle.

Derrière la Madrassa, ce sont les 4 tombes de l’Emir Saltuk, datant du 12e siècle, époque Seljuk. Leur niveau de conservation est excellent compte tenu du fait que la ville a connu régulièrement des tremblements de terre (1843, 1966, 1983 avec un séisme de 6,9).


Nous nous dirigeons vers le château et ses fortifications (6e siècle), depuis lequel on peut monter au Minaret dit aussi tour de l’horloge.

L’intérieur du château est vide, mis à part une réserve importante de boulets de canon de plusieurs tailles. Le sommet de la tour de l’horloge offre une vue panoramique sur la ville et ses environs.
Mais c’est d’abord l’horloge, dont le mécanisme date du 19e siècle, et chante son petit cliquetis avec une constance qui ne doit rien au hasard, qui nous ceuille en haut des marchés…




Au centre de l’image, sur la ligne séparant la ville du ciel, on aperçoit le tremplin de saut à ski.

Puis reprendre le chemin de notre hôtel. Au passage, des samovars géants pour cette échoppe et salon de thé Turc.

Dans notre quartier, beaucoup de petites fabriques d’ustensiles de cuisine en aluminium ou inox, ici les modèles familles nombreuses ou pour les professionnels. Je ne me lasse pas de fouiner dans ces boutiques…
Demain nous nous rapprocherons des Gorges de l’Euphrate, y aller d’un seul coup ne semble pas raisonnable, on est pas aux pièces !