Ce matin nous partons visiter le site archéologique de Segesta situé à une vingtaine de kilomètres de Castellammare à l’intérieur des terres.
Il est implanté sur deux monts voisins et distants d’un peu plus d’un kilomètre, seuls deux édifices sont presque entiers et constituent l’essentiel du site archéologique, le premier est le théâtre, le second le temple.

L’accès au théâtre depuis le parking se fait soit en bus navette, soit à pieds. La montée pédestre alterne des passages sur route et sur sentier. La végétation, plutôt rase est composée de nombreuses herbes de maquis et de petits palmiers. Quelques arbres malingres ne montrent plus guère que quelques branches décharnées et noircies de feu. A y regarder de près, tout ici a brûlé il y a un an ou deux, les palmiers et les herbes odorantes semblent y avoir le mieux résisté.

La rambarde routière faite de poutres de bois boulonnées sur des pieds et supports métalliques, montre que le bois a brûlé le plus intensément au contact du métal chauffé par l’incendie.

En haut du site du théâtre, un vaste panorama s’offre à nous. Au sud, un paysage plutôt pelé, clairsemé ça et là de parcelles de vignes.

Au nord, le contraste est saisissant, tout y est verdoyant, cultures mais aussi bois et bosquets.

Ce théâtre hellénistique du milieu du IIIe siècle av. J.C. est construit sur le Monte Barbaro (440 m d’altitude), il surplombe le site du temple et la plaine qui s’étend jusqu’au golfe de Castellamare. 4 000 spectateurs pouvaient y prendre place.

Le théâtre, à nouveau, c’est presque une constante chez les Grecs anciens, a été construit sur un site géographique d’exception. Le site en lui-même, provoque nos sens, les mets en alerte…

Assis sur les gradins, on ferme les yeux un moment et on essaye de se représenter l’univers sonore d’une représentation, la langue grecque ancienne, mais aussi les odeurs, les couleurs, les clameurs, les bruits…

Sur le chemin du temple, lui aussi construit sur un promontoire, mais situé plus bas, nous voyons à plusieurs reprises des mandragores. La fleur qui pousserait dit-on sous les corps des pendus !

Au loin le temple dorique, construit en calcaire local, dans son architecture typique de la fin du Ve siècle av. J.-C.

D’ici on est intrigué par les carreaux de couleurs distribués sur plusieurs colonnes. Reconstitution d’une décoration historique ?


Ce que nous avions pris de loin pour une décoration restaurée est en fait le travail d’une artiste contemporaine : Silvia Scaringella.

Son œuvre s’appelle « Texere », ou « tisser ». Une autre œuvre d’elle fait écho à celle-ci, que nous avons vue à l’approche du théâtre tout à l’heure, et qui met en scène la même question des liens, mais à l’aide d’un réseau de cordelettes suspendues sur des portiques. Une réalisation que nous avions trouvé bien peu convainquante.

Ici, Silvia Scaringella en utilisant des pièces de tissus taillées dans 3000 vêtements usagers, créé un ruban continu d’un kilomètre et deux cent vingt deux mètres, enroulé sur les 14 colonnes du temple réparties sur les 60 mètres de sa longueur. On est saisi parce qu’on reconnaît des carrés de robes, de chandails, de pantalons, de chemises, de toutes les couleurs, carrés d’intimité connectés ensemble solidement sur ces colonnes jaillies de l’histoire… De près comme de loin, saisis.
Extrait de la notice de l’oeuvre rédigée par l’artiste :
TEXĚRE. Le temple comme métier à tisser
« Ainsi, les colonnes du temple qui font face à la ville de Calatafimi deviennent la chaîne du grand temple dorique qui, tel un métier à tisser, maintient les fils qui forment un décor grec récurrent retrouvé sur des tessons de céramique datant du Ve siècle avant J.-C., époque à laquelle le temple a été construit. Des carrés de tissu ont été assemblés pour former un patchwork multiforme de la Création, symbole à la fois de coexistence universelle et de philosophie sociale, dans lequel chaque personne est perçue comme une seule partie : différente mais en même temps égale à toutes les autres qui forment ensemble un tout. Considérer le temple de Ségeste comme un métier à tisser renforce les liens d’une communauté entière et crée des connexions axées sur l’inclusion et la participation active à la vie du parc archéologique qu’il abrite, nous incitant à réfléchir aux grandes choses que nos déchets pourraient produire grâce au recyclage, à la protection et au respect de l’environnement. »
N’est-il pas, que la sororité des colonnes s’en trouve augmentée.
Ils pensaient à rien ces grecs !
Ils pensaient assez peu aux femmes en effet, mais les fragments de tissus utilisés ici par l’artiste viennent aussi d’hommes et de garçons 😉