La réserve naturelle de Zingaro s’étend sur 1700 hectares et longe la côte sur les communes de Castellammare del Golfo et San Vito Lo Capo (Trapani) sur 7 kilomètres.
Elle a acquis ce statut de réserve naturelle en 1981, après une haute lutte écologiste, menée par des associations de défense de la nature, du littoral, de la faune et la flore, et relayée par les habitant.e.s déterminé.e.s de la région.
Des travaux avaient commencé dès 1976, je n’ai pas trouvé d’informations sur la nature de ces travaux, seulement sur le fait qu’il y avait alors deux projets en lice : l’un lié au pétrole, l’autre en immobilier de luxe.
Le parlement Sicilien, devant l’ampleur, la durée et la transversalité de la mobilisation votera à l’unanimité la création de la réserve Zingaro, prouvant s’il en était besoin que la détermination citoyenne (5 ans tout de même) peut être victorieuse, enfin, aussi longtemps que les politiques restent à l’écoute et ne décident pas seuls pour quelques lobbys, contre le peuple.
Une des premières choses qui heurte le regard à l’intérieur de ce petit paradis naturel, c’est la saignée tracée tout au long du parc, à mi hauteur, par une ligne haute tension (20.000 volts) qui ne fait pas dans la dentelle. Ce qui rappelle également que rien n’est jamais acquis et que ce qu’a gagné ce collectif citoyen, c’est l’interruption des travaux, et non le retour à l’état initial…

On se gare le long de la route car même fin septembre, le minuscule parking de l’entrée nord ne suffit pas.

A peine franchie l’entrée, une petite maison forestière avec deux gardes au guichet, puis on glisse littéralement à flanc de montagne, sur l’un des deux sentiers (haut ou bas) et on est charmé d’abord par un ensemble de parfums fleuris qui flottent parmi la multitude des senteurs du maquis.
On trouve ici l’herbe Perle, le Liseron des champs, la Perlina de Boccone, de petites Fougères, des Cyclamens et buissons de Petit Houx, avec du maquis ras comme le Thym et le Genêt.
On rencontre aussi beaucoup d’espèces typiques du bassin méditerranéen et répandues en Sicile : le Figuier de Barbarie, arbre cacté à fruit, en différentes variétés et le Câprier, le Fenouil marin, l’Oléandre, le Laurier et la Mauve…

Ces petites fleurs, apparemment de l’Alyssum maritime exhalent un délicieux parfum, qui évoque un jasmin qui aurait de la retenue. La photo n’est pas top mais je n’en ai pas d’autres. Mon smartphone a souffert des vibrations lors du voyage de printemps en side-car dans les îles Grecques et la mise au point en a pâti.
En regardant vers les hauteurs du Zingaro, le paysage a l’aspect d’une prairie aux herbes acclimatées aux milieux arides du maquis méditerranéen. On y trouve l’Hyparrhenia hirta, avec ses fleurs rouge vif, et la Diss, une herbacée d’allure buissonneuse. On peut rencontrer de nombreuses orchidées comme l’Ophrys et l’Orchidée Brancifortii. Plus haut, ce sont les rochers aux pentes raides et à l’herbe rase.
Dans la vallée du Monte Acci (où nous ne sommes pas allés), se trouve une zone dominée par des Joncs et Carisses qui créent un environnement idéal pour le Discoglosse, petit amphibie sicilien similaire à la grenouille, et le Crabe de rivière. Ce sont en effet des milieux similaires à ceux des rives des cours d’eau et ils accueillent leur propre flore : Saule pedicellato, Orme blanchâtre et même le Lotus…
Zingaro est très riche de vie on vous dit !
On apprend encore que le Palmier nain, absolument présent partout dans le paysage, qui a souvent la forme d’un arbuste en Sicile, a le plus souvent l’allure d’un arbre au Zingaro où les conditions lui sont particulièrement favorables.
Souvent utilisé pour produire des objets de la vie quotidienne comme des balais, corbeilles et paillassons, le Palmier nain a d’ailleurs pris ces surnoms d’objets en dialecte Sicilien : Giummara, Scupazzu, Scuparina.
On évitera de marcher sur les reptiles, le Lézard sicilien, espèce endémique de l’île, long d’environ 7 cm, avec une grande tête. On le reconnaît à son dos vert avec des rayures latérales plus claires. Il vit généralement sur un sol herbeux et n’a pas l’habitude de ramper sur les pentes, qui sont en revanche les lieux de prédilection du Gecko et de l’Hémydactile.
Le Scinque ocellé est un petit insectivore saure au corps très allongé et dont la tête se distingue à peine. Son nom vient de la bordure sombre qui entoure ses yeux.
Curieusement, alors qu’elles sont présentes en nombre en Sicile, les couleuvres vertes et les couleuvres obscures européennes, les couleuvres d’Esculape, les couleuvres à collier et les vipères communes figurent pas à l’inventaire pourtant documenté du Parc du Zingaro. Nous n’avons vu aucun serpent lors de notre balade.
Dans l’environnement humide des petits ruisseaux vivent le rare Crabe des rivières et le Discoglosse peint. Le Crabe des rivières est beaucoup moins connu que celui des mers à cause de la pollution et de la progressive disparition des petits cours d’eau. C’est un crustacé de belle taille, avec de puissantes pinces et de grands yeux.
Le Discoglosse peint ne se trouve dans aucun autre endroit en Italie. Similaire à une grenouille, il a une longueur moyenne de 5 cm et une langue arrondie, d’où l’origine de son nom. Il fait partie des espèces qui demandent une protection rigoureuse, listées dans la Directive Européenne 92/43/CEE relative à la conservation des habitats naturels.

On avance sur notre sentier, c’est maintenant la grotte de l’Uzzo, dans laquelle des traces d’une vie paléolithique ont été retrouvées. Des humains ont vécu ici il y a 10.000 ans, laissant des ustensiles de chasse, des outils et des sépultures.

L’endroit est très protecteur, il devait l’être plus encore il y a 10.000 ans, on peut penser que la grotte s’est chargée de terre amenée par l’eau de ruissellement, et par éboulis de la paroi de la grotte.

Du côté du ciel, le Zingaro compte environ 40 espèces différentes d’oiseaux qui nidifient à l’intérieur de la réserve, sans compter celles qui la traversent au cours de leur migration. L’Aigle de Bonelli est le plus emblématique car sa protection a été l’un des motifs majeurs de la création de la réserve. La progressive disparition de son habitat naturel et la difficulté toujours plus grande de trouver de la nourriture avaient mis sa survie en danger. Il nidifie ici dans les zones les plus élevées, sur les pentes et parois rocheuses, où il a à profusion sa nourriture préférée, le Lapin sauvage.
On peut voir la Bartavelle de Sicile dont la chasse et les changements climatiques ont également mis l’existence en péril un peu partout. C’est un faisan endémique de la Sicile, de petites dimensions, reconnaissable par le collier noir qui le distingue de l’espèce continentale. On peut voir voler sans trop de difficulté, le Faucon crécerelle, petit rapace aux ailes en pointes et à la queue étroite, le Faucon pèlerin, qui plonge à pic sur ses proies et les gracieux Martinets aux grandes ailes, habiles en vol mais incapables de se poser au sol, ou encore les acrobatiques vols nuptiaux du Corbeau impérial et de la Buse. On pourra encore entendre le Roitelet au chant énergique et vivace, le Rossignol nous étonner par la mélodie complexe dont lui seul est capable. On pourra aussi entendre ou voir le Passereau solitaire et le Bruant jaune qui est un petit passereau, et puis encore les Corneilles, Pies, Mouettes et Colombes sauvages. Pendant la nuit veille l’Alouette avec ses grands yeux noirs et la Chouette, avec sa grande tête aplatie.
On trouve encore au Zingaro le Tarier pâtre, petit passereau lui aussi très peu répandu à cause du bouleversement de son habitat naturel, le Chardonneret, espèce protégée au chant agréable au joyeux plumage, le Traquet motteux, insectivore au plumage variable selon la saison et le sexe, les Traquets oreillards, petits passereaux à la couleur fauve.

On reprend ici le sentier. On vise la seconde crique, la Cala Marinella, la première devrait être déjà bondée. Il fait chaud et un bain de mer sera bienvenu.
Mais alors et les mammifères ? Y’en a aussi ! On pourra ici rencontrer des aiguillons, soit des Porcs-épics. Cet animal solitaire et tranquille aime surtout les endroits silencieux… Ce qui peut s’avérer difficile en Italie, même dans un parc protégé : les nombreux, voiliers et vedettes qui viennent mouiller dans les criques aux eaux cristallines ne se gênent pas pour y arriver avec le fracas de leur propre musique, jouée très fort, sans doute pour qu’on mesure leur puissance. L’envie alors vous prend d’aller en masque et tuba muni d’une petite chignole à main, pour effectuer quelques perforations salvatrices. Parc protégé en Italie donc, mais très mal des Italiens.
Bien sûr on trouve ici, comme en Bretagne, le Renard et la Belette, spécialisés dans la chasse aux petits mammifères et aux rongeurs.

En avançant sur le sentier, ça et là quelques anciennes bergeries et anciennes maisons coloniales aujourd’hui transformées en musées, comme celui de « La vie paysanne ». Misère que cette ancienne fermette d’élevage, aux outils décapés et vernis, exhibant ces objets figés dans le temps comme des trophées, tel un serpent mort dans un bocal de formol.
Bonheur que de passer de temps à autre sous les groupes d’Oliviers, de Frênes, plus rarement d’Amandiers ou de Caroubes. On a lu qu’il y a ici 40 espèces endémiques de plantes, dont le Limonium todaroanum, exclusive du Zingaro qui pousse entre les rochers du Monte Passo del Lupo, à environ 700 mètres de hauteur.
On trouvera sur son chemin de rares Chênes verts et Chênes lièges, autrefois très répandus en Sicile.

La première crique, celle de l’Uzzo, il y a effectivement beaucoup de monde. On est intrigué par les petits cailloux blancs bien réguliers qui forment sa belle plage, alors que partout, la côte est rugueuse et coupante de rochers volcaniques : sont-ils naturels ces petits cailloux blancs ou ont-ils été amenés là pour faire une plage qui n’existait pas ?

La seconde crique, beaucoup plus sauvage, nous n’y sommes pas seuls mais c’est très raisonnable. Elle n’a pas de plage et il faut s’abîmer un peu les pieds pour se mettre à l’eau et en sortir, mais quel régal avec un masque ! L’endroit est très poissonneux, l’eau y est limpide et les coraux rouges ornent les rochers des alentours. Il y a ici de nombreuses grottes sous marines.

Après un bain de mer attendu, nous rebroussons chemin pour rentrer. Comme à chaque fois, le sentier du retour nous semble plus court, plus long, moins pentu, ou plus, bref, différent…
Sur la route du retour nous nous engageons dans la descente qui mène au Lago di Vénère. Le GPS nous y dirige comme s’il s’agissait d’une route normale mais elle s’avère vite très pentue par endroits et défoncée de bosses et trous pour devenir une piste hasardeuse. On gare la voiture et continuons à pied.

L’endroit est simplement superbe.



La Sicile ? Une montagne dans la mer…
Au moment de terminer ce post, j’apprends que le 29 août 2020, un incendie a ravagé la réserve du parc Zingaro. Elle est alors demeurée fermée plusieurs mois. Une bonne partie de sa richesse naturelle a été perdue et les descriptions concernant sa flore et sa faune, glanées sur plusieurs sites pour écrire cet article décrivent toutes Zingaro avant cet incendie. Qu’en est-il de l’incroyable diversité de Zingaro aujourd’hui ? Sait-on ce qui a déclenché cet incendie ? Sa faune et sa flore ont elles repris leurs droits ? Pas encore de réponses à ces questions…