Genova

Ah le plaisir mesuré et contraint des douches du matin à l’italienne, comprenez, à jetons (entre 50 cts et 1 euro selon le camping)… Vous allez dire que je suis un râleur et vous en avez le droit.

Je dois reconnaître que c’est un bien petit désagrément pour un geste citoyen efficace. Donner un temps équivalent à chacun.e (entre 3 et 5 minutes selon les camping) pour prendre sa douche, c’est aussi faire prendre conscience aux campeurs de la rareté de l’eau et de la nécessité de ne pas la gâcher.

Premier petit déjeuner du voyage ce matin : croissants italiens nature, paninis, miel et thé Turc dégoté à Croix de Chavaux à Montreuil près de chez nous.

Une fois rassasiés, on replie nos affaires, ça va très vite avec la voiture équipée en mode voyage : replier nos couchages, retirer les moustiquaires occultantes des vitres latérales, les obturateurs de pare brise et hayon arrière, plier ranger table et chaises, ranger la glacière dont on se sert en ce moment comme garde manger, et nous pouvons partir direction le port pour garer la voiture jusqu’à ce soir.

Depuis le port, on part à pied droit au nord vers la ville haute. Des escaliers partout nous amènent dans les hauteurs.

On baigne de suite dans les couleurs de Bastia, et même les volets semblent y avoir été empruntés, à moins que ce ne soit le contraire ? On marche le nez en l’air pour retrouver l’azur, avec un oeil furtif sur les indications de direction et les pavés de brique rouge.

Nombre de maisons et immeubles rappellent l’héritage d’un passé glorieux, ou faudrait il plutôt dire, d’une richesse issue des produits des colonies car la ville qui est surnommée « La Superbe » prend la défense de l’Empire byzantin en 1261 contre les croisés de la quatrième croisade. Les portes de la mer Noire s’ouvrent alors pour elle jusqu’aux frontières orientales de l’Iran et de l’Irak. Les colonies génoises en Orient fleurissaient alors de tous côtés : Chypre, le quartier Galata à Constantinople, Sébastopol, la Crète, Rhodes, Smyrne… Gênes règne dans le Bassin méditerranéen. Avec ces richesses venues du Moyen-Orient, la ville s’embellit de riches palais et de nombreuses églises. (Source : petitfute.com)

Après quelques lacets et entrelacs on débouche au Castello d’Albertis qui héberge le Museo delle culture del mondo.

Ce château néo gothique date de la fin 800 dans sa forme première.

D’ici on saisi l’étendue du port industriel dans le paysage de la ville, il ne cesse de ronronner au rythme des diesel des cargos et remorqueurs et de couiner en saccades par ses grues et portiques de déchargement.

A travers les feuillages, c’est le port des ferries qu’on aperçoit, d’ici, on part pour la Tunisie, le Maroc, la Corse, l’Algérie, l’Espagne, la Sardaigne, Gibraltar, et la Sicile bien sûr.

Le lion a l’air dépité de tant d’insolence et on le comprend.

Ici, les articulations sont rapidement à la peine, ces escaliers sont sans pitié pour les vieux 😵‍💫

Un délicieux petit kiosque, composé en fait de fontaines lavoirs à l’arrêt, témoins d’un autre temps.

Une fois au niveau de la route qui traverse la ville d’ouest en est en bord de mer, on est au port. Sylvain m’a dit hier que tout cet espace a été réaménagé par Renzo Piano. On s’y engage à pied toujours, en longeant l’aquarium, où ce qui ressemble à une copie d’un des bateaux de Christophe Colomb est amarré.

D’ici, on mesure l’ampleur de l’aménagement réalisé, la surface des anciens entrepôts de coton est hors normes, ils ont été reconditionnés en hall d’exposition, salles de congrès, parking attenants. Quelques commerces et restaurants s’implantent peu à peu.

Reprenant l’esthétique formelle des grues, cette installation ne concurrence pas les grues du chantier naval, elle fait monter un ascenseur à l’aide de câbles tendus, donnant à ses passagers, l’accès à un point de vue panoramique (le mat de droite), une vingtaine de mètres au-dessus de l’eau.

Comme sur les anciens vaisseaux des découvreurs et des premiers colons, ces mats portent des voiles, petites, triangulaires, elles tournoient au vent, entre cerf-volant et éoliennes.

Ici, deux des bras de la « grue » suspendent une toile couvrant un grand espace et volume de rencontre et d’échanges.

Quelques grues de l’ancien port ont été repeintes et restaurées à neuf, elles semblent tenter de comprendre à quoi servent celles qui portent un ascenseur. Entre l’efficience du transport et ses déchargements, et le loisir du point de vue, que s’est-il passé qui soit si difficile à comprendre ? La société du spectacle aurait-elle prit formes partout ?

À Nantes, on peut voir le même type de cohabitations culturelles sur les bords de Loire où le mémorial de la traite des esclaves fait face aux bateaux bus pour le transport des touristes, mais aussi à une frégate militaire restaurée, devenue ainsi objet du patrimoine. Un peu plus loin, les anciens docks ont été fort agréablement reconditionnés en bars-restaurants bio et bobo sourcés.

Ce réaménagement fait naitre à Gênes un jeu subtil entre des fonctions issues d’époques différentes, créant un écart, une tension poétique.

On reconnaîtra par exemple dans l’un des bâtiments en bord de mer, un clin d’œil aux énormes bouches d’aspiration coudées de Beaubourg à Paris et qui évoquent clairement l’univers maritime… Au cœur de Paris. Elles apparaissent très naturelles ici, par leur proximité avec celles des paquebots et autres navires commerciaux.

Quand de l’autre côté de la baie, la partie toujours active du port de commerce, la plus proche du large, avec ses grues dignes des machines de « La guerre des mondes » ou de celles de « Star War » entre en scène à la tombée de la nuit, on rentre fissa de peur que ces diplodocus rouillés, ces girafes d’aciers ne se mettent en mouvement pour nous écrabouiller.

Il est temps de rejoindre le port des ferries pour nous présenter à l’embarquement pour Palermo !

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